JIPAD 2015 v_import

THEME 01. Systèmes de production  : l’alternatif d’aujourd’hui sera-t-il le conventionnel – de demain  ?

Atelier 1 Systèmes de production : l’alternatif d’aujourd’hui sera-t-il le conventionnel de demain ?

PIERRE SCHEERCOUSSE ASSOCIATION ARBRE ET PAYSAGE

Ce qui est frappant, vous en conviendrez sûrement, quand on parle d’agriculture et de modes de production agricoles durables, c’est le peu d’importance accordée à la qualité des produits eux-mêmes ! Alors que c’est le but premier de l’agriculture : produire des aliments nourrissants, sains et qui, espérons-le, ont du goût. Mais l’agriculture durable, encore alternative, devra aussi être multifonctionnelle et liée au territoire : produire des aliments tout en produisant des biens et des services pour l’ensemble de la société.

Revenir aux bases de l’agronomie et produire avec la nature, en s’en inspirant, est la voie la plus prometteuse pour assurer la transition vers l’agriculture écologique, respectueuse de la terre et des hommes. En effet, l’agroforesterie intégrée, qui associe l’arbre, la haie et la couverture végétale permanente des sols, compte parmi les solutions les plus réalistes et performantes. Elle est l’une des clés de l’agroécologie pour remédier aux problèmes de dégradation avancée des sols, à la dépendance aux intrants chimiques, mécaniques et aux banques, à l’uniformisation des paysages et l’érosion de la biodiversité, etc. En respectant la dynamique des écosystèmes et en redonnant toute sa place au végétal, et en particulier

à l’arbre hors-forêt, elle est celle qui répond aux grands défis du XXI[e] siècle. Elle produit tout en préservant. Chaque action répond simultanément à plusieurs défis : climatique, énergétique, environnemental et alimentaire. Oui, l’agroforesterie redonne toute sa multifonctionnalité à l’agriculture. En redonnant vie aux sols et une dynamique aux territoires, elle redonne aussi le goût du terroir et leur valeur nutritive aux aliments que nous mangeons.

Pourtant, l’agroécologie peine à s’imposer partout. L’un des verrous majeurs auquel se heurte encore sa généralisation est l’inadaptation partielle des moyens, des formes d’organisation et des politiques agricoles menées. Dans le cadre du Mastère spécialisé « Innovations et politiques pour une alimentation durable » (IPAD) de Montpellier Supagro, cinq étudiants ont choisi, décrit et analysé quelques alternatives émergentes pour produire durablement : l’agroforesterie en Languedoc-Roussillon, la culture de shiitaké sur billes de bois, la pisciculture en haute mer dans des cages flottantes, l’élevage d’insectes et l’élevage respectueux d’animaux. Bien que certains étudiants ont davantage fait la promotion de tel ou tel système plus qu’ils ne se sont livrés à un véritable exercice d’analyse

et d’évaluation, la lecture de ces rapports aura le grand mérite de faire réfléchir sur ce qu’on souhaite que soit notre agriculture. Il est regrettable que ne soient pas plus abordés les verrous techniques – des variétés et des races animales encore trop peu adaptées au terroir, des sols

fragilisés et convoités, des complémentarités entre espèces végétales encore mal comprises et exploitées – que les verrous socio-économiques. Comment les lèvera-t-on et quand ? L’avenir le dira. Mais il faut y travailler dès maintenant et tous ensemble.

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THEME 02. Entre producteurs – et consommateurs  : vers des échanges plus justes  ?

Atelier 2 Entre producteurs et consommateurs : vers des échanges plus justes ?

NATHALIE COLIN

DIRECTION RÉGIONALE DE L’ALIMENTATION, DE L’AGRICULTURE ET DE LA FORÊT LANGUEDOC-ROUSSILLON

De nouvelles proximités s’inventent aujourd’hui entre producteurs et consom mateurs, entre offre et demande. Il existe une forte motivation des consommateurs pour les produits alimentaires locaux. Les démarches en circuits courts se diversifient et les producteurs innovent dans leurs modalités de vente : magasins de producteurs, amap, vente par correspondance ou en ligne, vente directe à la ferme ou marchés paysans, etc.

Si la principale motivation des consommateurs est souvent de redonner du sens à leur consommation en recréant du lien avec la production, il s’agit également pour les producteurs d’une modalité de vente permettant une meilleure ‘justesse’ du rapport marchand. Le circuit court réinterroge donc en cela les questions de construction du prix et de son acceptabilité.

Cet enjeu du « payer différent » est abordé dans le premier exposé consacré aux monnaies locales complémentaires, souvent qualifiées de monnaies de liens. Au travers d’exemples concrets où producteurs et consommateurs s’associent sur un territoire pour redynamiser l’économie locale, on assiste à un changement de posture dans le rapport à la monnaie et à la valeur. Des alternatives aujourd’hui peu connues, qui essaiment mais à des échelles réduites.

Le second exposé est consacré aux drives de circuits courts, un mode de distribution innovant qui s’appuie sur le regroupement d’une offre locale diversifiée et la recherche d’une optimisation logistique dans la distribution. Un modèle qui s’adapte aux nouveaux modes de consommation avec une interface virtuelle de commande mais vient questionner la qualité relationnelle de l’achat en circuits courts.

Le troisième et le quatrième exposé autour de la téléphonie mobile en soutien de la filière anacarde et la place des systèmes d’informations de marché pour une commercialisation équitable nous montrent le développement de solutions TIC adaptées au milieu rural en Afrique, via la téléphonie mobile, permettant de diffuser des informations sur les marchés et les prix ou des conseils agronomiques. Mieux informé, le producteur se réapproprie du pouvoir dans la fixation de ses prix. Une condition essentielle pour des échanges plus justes dans un marché concurrentiel où les petits producteurs restent cependant isolés.

Enfin, le dernier exposé sur le label de participation à l’agriculture familiale au Brésil explore la possibilité d’identifier les produits issus de modèles de productions durables. L’étiquette porte donc une mention qualitative qui prouve que le produit respecte un cahier des charges. L’objectif est d’informer le consommateur sur le

rôle économique et social de l’agriculture familiale au Brésil, un modèle valorisé par le gouvernement. Un cahier des charges qui ne garantit cependant pas un prix rémunérateur plus équitable pour le producteur...

La relation entre producteur et consommateur s’adapte à des contextes évolutifs au Nord

comme au Sud. Elle se réinvente et prend de multiples formes entre achat et partenariat solidaire, recherche de praticité et engagement éthique, confiance, mode relationnel et exigence de garantie. De multiples combinaisons restent encore à explorer...

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THEME 03. Alimenter les villes, des solutions en marche

Les quatre études de cas représentent bien la diversité des capacités d’innovation en fonction de multiples dimensions et échelles d’intervention. Elles mettent en Lperspective la complexité des systèmes de production, de distribution et d’accessibilité et questionnent systématiquement la problématique de la gouvernance et du faire ensemble. Le premier projet s’attache à démontrer que par des moyens simples et une échelle de quartier très localisée, il est possible d’agir sur la diversification alimentaire et les revenus des populations urbaines vulnérables, grâce à la mise en place de « sacs potagers ». Ceux-ci utilisent des matériaux de récupération et une technique simple qui a la possibilité d’être répliquée facilement. Même si ce projet n’avait pas pour objectif de développer une dynamique participative, l’efficacité des sacs potagers a poussé leurs utilisateurs à s’organiser collectivement pour diffuser cette pratique.

Le premier projet s’attache à démontrer que par des moyens simples et une échelle de quartier très localisée, il est possible d’agir sur la diversification alimentaire et les revenus des populations urbaines vulnérables, grâce à la mise en place de « sacs potagers ». Ceux-ci utilisent des matériaux de récupération et une technique simple qui a la possibilité d’être répliquée facilement.

Le second projet s’attache davantage à la problématique de la proximité par rapport aux systèmes de distribution en ville. Si la maison de l’alimentation durable s’apparente au fonctionnement des halles que nous connaissons, elle va plus loin dans son raisonnement liée à la proximité. Que ce soit au niveau des producteurs, des distributeurs ou des consommateurs, cette étude conceptualise la notion de proximité d’accès, identitaire, relationnelle et de processus. Elle met en perspective le besoin de sens et de valeurs que nous attachons de plus en plus aux aliments que nous achetons.

en place au niveau d’un verger pour répondre à la diversité des modes de consommations. La promotion de vergers commerciaux ou municipaux permaculturels est une des solutions qui permet de rapprocher au mieux producteurs et consommateurs. Le modèle proposé par la permaculture offre une alternative au bio qui ne résolvait pas les problèmes liés à la monoculture. Cependant, la duplication de ce type de verger de petites surfaces nécessite de repenser ce genre d’écosystème équilibré dans un contexte où la biodiversité serait une valeur intrinsèque aux modes de production.

Avec la quatrième étude de cas, nous passons à une échelle géographique beaucoup plus importante, le sujet tenant plus à la reconversion des espaces qu’à la mise en place d’innovation à proprement parler. La fabrique italienne paysanne présentera sous la forme d’une cité de l’alimentation durable, les principales filières alimentaires italiennes. Elle montre que la dimension économique et commerciale rattrape souvent des projets liés aux territoires et très localisés à des problématiques d’enjeux territoriaux plus vastes.

Malgré les différences des projets proposés, la dimension sociale et sociétale fait partie intégrante des innovations à l’œuvre pour alimenter les villes. Les solutions ne se décrètent pas mais s’expérimentent, à l’image des petits espaces des jardins partagés qui essaiment ici et là. Chacun essaie à sa manière de produire du sens avant même de produire pour des consommateurs. Ces derniers deviennent d’ailleurs de plus en plus des acteurs de la diversification des modèles en circuits courts.

Le troisième projet montre encore davantage l’interaction complexe qu’il est possible de mettre

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THEME 04. Déchets... Vous avez dit déchets  ?

Atelier 4 Déchets... Vous avez dit déchets ?

STÉPHANE GUILBERT MONTPELLIER SUPAGRO

Le système alimentaire agroindustriel est efficace pour fournir une alimentation au plus grand monde à coût globalement faible. Par contre, ce système dominant Ln’est pas durable en particulier parce qu’il est très gourmand en ressources et en énergie. L’économie « verte » offre un cadre conceptuel général pour intégrer les approches relevant, d’une part, de la résilience des écosystèmes et du découplage de l’évolution du bien-être humain avec la consommation de ressources et, d’autre part, de l’efficacité des ressources, de la prévention et de la gestion durable des déchets dans un objectif de « circularisation » de l’économie.

Le problème des déchets alimentaires est crucial : la FAO estime qu’un tiers de la production alimentaire mondiale est perdue ou gaspillée. Dans les pays industrialisés, les quantités de déchets alimentaires atteignent près de 300 kg/hab/an en Amérique du Nord ou en Europe, dont plus des deux tiers lors de la distribution, de la restauration et de la consommation à domicile. Selon le dernier rapport du Waste and Ressources Action Programme (WRAP), la prévention de 1 tonne de déchets alimentaires permet d’éviter la production de 3 à 5 tonnes d’équivalent CO2 respectivement lorsque les aliments non consommés sont redistribués aux plus démunis ou lorsque la production d’aliments qui aurait été gaspillée a été évitée. Les économies de C02 sont beaucoup plus faibles pour les autres usages des biodéchets (alimentation animale, bio-raffinerie, méthanisation) et deviennent même négatives (émissions) pour la destruction par incinération ou l’épandage.

Pour contribuer à la réflexion sur l’optimisation des usages et la réduction des pertes et gaspillages dans la perspective d’un système alimentaire zéro pertes/zéro déchets, l’INRA et ses partenaires ont engagé une étude prospective sur la biomasse et les systèmes alimentaires urbains. Cette étude est centrée sur l’analyse des actions clefs de réduction et de valorisation, avec pour objectif d’identifier les besoins de connaissances, d’outils, de méthodes et les questions pertinentes pour la recherche.

Les quatre innovations présentées dans cet atelier (« Consignes de bouteilles en verre » ; « Aquaponie, une association vertueuse pour une alimentation durable » ; « Lombricompostage ménager pour des légumes de balcons » et enfin « Production de pleurotes sur marc de café en milieu urbain ») illustrent particulièrement bien ces enjeux et ces objectifs.

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