L’élevage respectueux
LES ACTES DE JIPAD 2015
La société Plein Air Concept, créée par Jean-Marie Gibelin, conçoit, fabrique et commercialise un ensemble de solutions techniques et matérielles dédiées à l’élevage respectueux. C’est une innovation portée par un seul éleveur, pour un élevage alternatif au modèle industriel intensif. Actuellement, les instituts techniques agricoles ou les structures de recherche orientent principalement leurs innovations pour servir le modèle conventionnel en oubliant trop souvent les autres voies possibles. Mais, contrairement à ce que pensent certains, la modernité ce n’est pas la ferme aux « 1000 vaches », mais c’est inventer des systèmes en accord avec la nature (Porcher, 2015) comme ce que nous propose cette innovation.
ORIGINE ET ÉVOLUTION D’UNE INNOVATION MATÉRIELLE VERS UN CONCEPT GLOBAL
Monsieur Gibelin était naisseur-engraisseur sur un élevage de cent truies élevées en bâtiment. Suite à un problème persistant de contamination par un colibacille, il a tenté de trouver des solutions alternatives au modèle traditionnel intensif et productiviste dont il entrevoyait petit à petit les limites. Après une période de tâtonnement, il a compris qu’un être vivant fonctionne comme un tout et que l’on ne peut donc pas dissocier ses problèmes physiologiques de ses problèmes psychologiques. Il les a alors laissés vivre en autonomie afin de pouvoir observer leur comportement naturel et comprendre leurs réels besoins.
Cela lui a permis de mettre au point du matériel (abris, bâtiments et accessoires) adapté à un élevage sain qui tienne compte du comportement animal, tout en restant rentable pour les éleveurs.
C’est ainsi qu’en 1991, Jean-Marie Gibelin dépose un premier brevet pour son abri maternité (Technigîte maternité porcine). D’autres brevets seront déposés par la suite pour de nouveaux abris. En attendant, ce sont les résultats obtenus par ce premier abri qui attirent l’attention de la société Sanders et donnent naissance à un partenariat entre ces deux sociétés. Grâce à la puissance commerciale de Sanders, les techniques d’élevage mises au point par Jean-Marie Gibelin associées à l’abri Fertigîte sont adoptées par de nombreux éleveurs de porcs en plein air. Faire accepter à la fois des techniques d’élevage originales et un investissement conséquent (bien que moins élevé que pour un bâtiment) pour de l’élevage en plein air constituait alors un résultat remarquable. Mais des divergences entre les objectifs de Plein Air Concept et de Sanders (qui considère plus ces installations d’éleveurs comme un premier pas avant le passage vers un élevage intensif en bâtiment) conduisent à une rupture de partenariat. Jean-Marie Gibelin va alors faire évoluer petit à petit sa société avec les orientations et aspirations qui lui sont chères (Gibelin, 2015).
Nous comprenons ainsi qu’au-delà d’une innovation purement matérielle, cette société repense complètement le système d’élevage et souhaite proposer un mode de production alternatif à ceux
qui le souhaitent. L’objectif de Plein Air Concept est de replacer l’éleveur et les animaux au centre des préoccupations de l’élevage. En effet, cette idée est partie du constat que les éleveurs d’aujourd’hui, pris dans le système de production intensive, subissent plus cette situation qu’ils ne la maîtrisent. Dans le système industriel ce n’est pas l’éleveur qui fixe ses prix et ce n’est souvent que grâce aux subventions de l’État que l’éleveur peut se considérer comme rentable. Ce qui est en cause, ce n’est pas la volonté des éleveurs, mais un système qui en évacuant la notion de respect de son projet, conduit irrémédiablement aux dérives du monde agricole. Le but de cette société serait donc de ramener l’agriculture à l’agriculteur, afin que l’orientation de son exploitation lui appartienne davantage et qu’il puisse vivre de son travail et non des subventions.
Pour parvenir à cette indépendance des agriculteurs, Plein Air Concept promeut ce que son concepteur appelle l’« élevage respectueux ». C’est un système d’élevage en plein air ou en bâtiment qui respecte :
- →les éleveurs, qui par leurs pratiques sont les garants d’élevages sains et équilibrés ;
- →les animaux grâce à des techniques tenant compte de leurs comportements pour assurer un développement optimal tout en préservant leur bien-être ;
- →la nature pour la préserver en travaillant avec et non contre elle ;
- →les consommateurs en favorisant une production saine pour leur offrir une alimentation de qualité.
Ce type d’élevage ne considère pas l’éleveur mais l’animal comme le chef d’élevage. L’éleveur s’adapte pour que la bête puisse produire dans les meilleurs conditions possibles et pour quelle puisse exprimer son potentiel au maximum. Cela passe par exemple par le fait d’offrir une durée de vie décente aux animaux et non comme c’est souvent le cas pour les porcs de les abattre avant six mois. Nous pourrions nous demander en quoi le fait d’élever des animaux en plein air ou dans des conditions décentes est un concept innovant. Ce n’est que replacé dans le contexte de la société occidentale actuelle, que nous pouvons appréhender ceci comme une innovation.
Sans remettre en cause l’investissement et l’intérêt réel que beaucoup d’éleveurs conventionnels
ont pour leurs bêtes, le modèle productiviste global s’appuie sur des résultats économiques sans prendre suffisamment en compte les autres dimensions du travail. C’est ainsi que durant ces dernières années nous avons pu assister à l’adoption de nouvelles lois criminalisant les maltraitances envers les animaux d’élevage dans certains états des États-Unis où nous avons vu apparaître le concept des vaches hublots. Des vaches sur lesquelles est placé un réel hublot afin d’étudier plus facilement leur digestion et qui permet de prélever directement un échantillon du bol alimentaire dans leur estomac. Mais ce qui semble dérangeant dans cette pratique est le parallèle que nous pouvons faire avec des machines industrielles dans lesquelles on prélève un échantillon de la production.
Aujourd’hui, une tendance est de ne plus considérer les animaux d’élevage comme des êtres-vivants mais comme « des machines à produire ou des choses produites » (Porcher, 2004). Le travail en élevage, comme en général, ne peut se résumer qu’à sa valeur productive, il doit permettre de se créer une identité et être un vecteur de liens sociaux. L’agriculture doit essayer de retrouver son sens premier qui était de « nourrir les gens dans un monde pacifié » (Porcher, 2015) contrairement à ce qu’a fait l’agriculture industrielle qui a intégré de la violence à ce système.
Devant conquérir de nouveaux marchés pour se développer, la société décide en 2002 de diversifier sa production pour proposer son approche de l’élevage à d’autres filières (volailles et bovins). Cette décision a permis de confirmer que les bases théoriques qui ont conduit à développer les techniques et les produits de Plein Air Concept sont transposables à d’autres espèces que le porc (Gibelin, 2015).
PLEIN AIR CONCEPT, UNE DESCRIPTION PLUS CONCRÈTE
Plein Air concept est donc une innovation technique avec ses abris, bâtiments et accessoires pour un élevage respectueux. Ce matériel peut être destiné soit à de l’élevage en plein air, soit en bâtiment.
Concernant le plein air, les abris sont appelés Technigîtes. Il s’agit d’un abri circulaire, léger et déplaçable grâce à sa structure autoportante et doté d’une structure et d’une paroi en acier
galvanisé. Ce matériau lui assure une grande rigidité, une grande longévité (les Technigîtes sont garantis dix ans à leur valeur d’amortissement) et un entretien aisé. Il existe en plusieurs dimensions pour s’adapter à la taille de l’élevage et sa conception modulaire offre une très grande souplesse d’utilisation car elle permet, en modifiant simplement l’équipement intérieur, de changer sa destination (changement d’espèce ou de phase d’élevage avec la même espèce). Des fenêtres protégées par un rideau en PVC sont placées sur les abris pour permettre à l’éleveur d’observer ses bêtes sans les stresser. Ce sont donc des abris perfectionnés comparés aux abris en demi-lune existant sur le marché qui ne protègent pas du froid par exemple. Ils permettent à l’éleveur un travail en toute sécurité avec un confort maximal.
Ce matériel peut aussi être destiné à l’élevage en bâtiment qui représente une grande majorité de l’élevage européen et permet de palier au problème d’un environnement hostile à l’élevage, notamment des conditions climatiques trop extrêmes (froid, pluie, etc.) qui rendent l’élevage en plein air extrêmement difficile. Avec ces bâtiments M. Gibelin a essayé de reproduire au mieux les conditions d’élevage en plein air. Ce type d’équipement offre des conditions de travail de qualité grâce à : une gestion en zones différenciées efficace (temps productif augmenté), un grand volume (faible niveau sonore, pénibilité du travail réduite), une ventilation naturelle permanente (air sain, santé protégée, absence d’odeur nauséabonde). Il possède un fonctionnement avantageux grâce à une organisation en zones adaptée au comportement animal et favorisant leur équilibre (frais vétérinaires réduits, baisse des charges de chauffage). De plus, il respecte l’environnement par : un équilibre sanitaire ne nécessitant pas de désinfection, la réduction voire la suppression de l’antibiothérapie, un mode d’élevage ne générant pas d’odeur (amélioration de l’image de la filière, création d’élevage facilitée). Les bâtiments sont adaptés en fonction du cahier des charges de l’éleveur pour répondre au mieux à ses attentes et aux besoins de ses animaux (Gibelin, 2015).
Pour mieux comprendre le fonctionnement de cette société nous pouvons nous intéresser au travail d’un membre de Plein Air Concept avec un éleveur. Cela démarre par une discussion approfondie avec ce dernier afin de cerner au mieux
ses attentes et les points à travailler en priorité avec lui. Puis une aide est fournie à l’éleveur pour monter le dossier d’installation (permis de construire, demande de financement et de subventions) et élaborer un planning d’élevage avec une proposition d’organisation du travail et de gestion de la production (conduite d’élevage). L’installation des éleveurs qui font appel à Plein Air Concept se fait de manière progressive. Après avoir défini leur propre cahier des charges, cela passe par une période de rodage pour harmoniser les différents domaines de l’exploitation. À la fin de cette période, dont la durée sera propre à chaque éleveur, ce dernier est en mesure d’adapter sa production à son rythme.
Le savoir-faire de la société est aussi apporté dans l’organisation de la commercialisation, notamment au travers de circuits courts et la prise en charge de la transformation, source importante de valeur ajoutée pour l’exploitation mais aussi source de problèmes étant donné le « calibrage » des animaux demandé par le transformateur. La société propose son matériel (Technigîtes, bâtiments, etc.) et aide à son installation. Elle peut ensuite prodiguer des conseils, notamment au niveau sanitaire et organise des rencontres et visites d’élevages pour permettre la communication entre éleveurs afin qu’ils puissent s’entraider et se conseiller. La durée et la nature du suivi des éleveurs après leur installation dépendent de chacun. À chaque problème rencontré, l’éleveur peut prendre contact avec un membre de la société afin d’obtenir une aide.
Cette innovation est donc très complète puisqu’elle essaie de prendre en compte les trois piliers du développement durable en permettant aux éleveurs qui le souhaitent de s’engager dans une nouvelle dynamique d’élevage et d’y parvenir à leur manière. Cela est possible car Plein Air Concept travaille au cas par cas. Ses membres savent que chaque éleveur a ses propres attentes et volontés et n’essayent pas de parvenir à un résultat identique pour chaque exploitation. Le manque de subventions pour les petites exploitations rend l’investissement financier difficile, bien que ce dernier soit moindre pour un élevage en plein air que pour l’installation d’un bâtiment industriel. Les débuts sont aussi très chronophages car de la même manière que pour un agriculteur pratiquant l’agro-écologie, cet éleveur doit observer et comprendre ses bêtes, et tenter
de s’adapter. Mais cela rend aussi son travail stimulant et lui permet d’en retirer une certaine fierté. Dans ce type d’élevage, on recommande de ne pas utiliser de manière abusive les produits pharmaceutiques ou traitements antibiotiques.
L’élevage respectueux propose d’adopter une approche réellement durable de l’élevage en appliquant des techniques prenant en compte les rythmes et les limites de la nature, en évitant la production et le rejet de déchets nocifs (produits chimiques, lisier, etc.) et en préconisant une analyse du cycle de vie (ACV) des équipements afin qu’ils ne gaspillent pas les ressources naturelles (matériaux, énergie, etc.) lors de la fabrication, de l’utilisation, de l’entretien et du recyclage. De plus, il recommande des abris ou des bâtiments esthétiques et promeut des élevages à taille humaine, conduits d’une manière équilibrée afin de ne pas générer de nuisances sonores et olfactives insupportables pour le voisinage. Plein Air Concept va fournir à l’éleveur du matériel et des conseils pour l’aider dans cette tâche, elle va également lui offrir un réseau d’éleveurs pour qu’ils puissent s’entraider et s’insérer dans une dynamique d’innovation et de durabilité.
Si l’on veut vraiment aller jusqu’au bout des choses, il est fortement suggéré de produire soi-même l’alimentation donnée à ses bêtes et de veiller à ne recourir en complément qu’à des aliments dont la production ne pénalise pas l’agriculture des pays en développement. Cela permet de ne pas accaparer des terres cultivables dans ces pays pour l’alimentation des animaux d’élevage et ne pas avoir recours à des transports de matières inutiles lorsqu’on a la capacité de produire sur place. Et s’il n’est que rarement possible de les abattre soi-même, il est recommandé que ce soit l’éleveur qui mène ses animaux à l’abattoir le plus proche, afin de leur occasionner le moins de stress possible. C’est également vu comme une sorte de respect envers l’animal. Cette considération est vraiment nécessaire à une époque où la mise à mort de l’animal est un sujet au cœur des préoccupations sociétales.
LES IMPACTS POSSIBLES
Plein Air Concept touche à la fois des éleveurs qui désirent s’installer, abandonnent l’élevage en bâtiment et d’autres qui travaillent déjà en plein air.
Elle compte aujourd’hui environ 2000 éleveurs qui sont passés en élevage respectueux et elle en installe en moyenne quatre nouveaux par mois. 80 % de ceux qui utilisent ce système sont en bio car cela correspond à leur idée de respect et d’équilibre. Dans l’ensemble, les résultats sont excellents puisque plus de 95 % des éleveurs qui ont adopté les techniques d’élevage de Plein Air Concept franchissent sans problème majeur le cap des trois années d’exploitation. Les prix de départ sont plus abordables qu’en élevage industriel mais les premières années sont difficiles du fait du manque de subventions. Cependant, une fois les premières années passées, ce système offre l’avantage de pouvoir se développer de manière progressive et d’acquérir son autonomie. Ainsi, environ 65 % des clients de la société passent une première commande modeste (entre 2 et 4 Technigîtes pour les volailles ; 1 et 6 Technigîtes maternité pour le naissage porcin ou 2 et 4 Technigîtes pour l’engraissement porcin). Ils commandent ensuite une ou deux fois dans les deux ans qui suivent pour augmenter leur capacité de production (Gibelin, 2015).
C’est d’ailleurs grâce à ces résultats qu’un bâtiment pour truies gestantes (Technimat) a été primé lors des Sommets d’Or 2006 ou qu’en 2014 Plein Air Concept a reçu le Trophée du développement durable décerné par la Chambre de commerce et d’industrie de Haute-Loire.
Pour illustrer ce qu’est l’élevage respectueux, nous pouvons citer une éleveuse de Haute-Loire avec son élevage de porcelets qui fut une des toutes premières à faire confiance à Plein Air Concept en adoptant le Technigîte. Des années durant, cette éleveuse a été lauréate du Challenge des Cochons d’Or (concours organisé par le SPACE et parrainé par Pfizer, l’IFIP, l’ARIP-CRP de Bretagne et Porc-Magazine). En 2002, elle obtenait par exemple le résultat de 30,2 sevrés/ truie productive/an et dépassait régulièrement les 12 porcelets sevrés/portée. Pour des raisons personnelles, elle a dû stopper son activité en 2007, mais conserve encore quelques truies pour le plaisir, ce qui montre que son rapport à ses bêtes allait bien au-delà d’une simple fonction de production.
Pour que les éleveurs acceptent de prendre le risque de se lancer dans un élevage alternatif, Monsieur Gibelin a dû au préalable leur prouver que la solution qu’il propose fonctionne. C’est
pourquoi à titre d’exemple pour une « ferme respectueuse » (concept plus global que le simple élevage), il est intéressant d’observer celle de Madame Jacqueline Gibelin pour comprendre les aspirations concrètes du créateur de Plein Air Concept. Cette exploitation est située à Vergongheon (Haute-Loire). Il s’agit d’un élevage de porcs en plein air sur 7 ha en agriculture biologique, les animaux sont nourris avec des céréales et légumineuses produites sur l’exploitation (12 ha en agriculture biologique) et des aliments biologiques achetés et ils sont abattus entre 8 et 12 mois après que l’éleveur les ait conduits lui-même dans un abattoir agréé. La transformation se fait ensuite en laboratoire agréé. Concernant les traitements sanitaires, les porcs sont traités en préventif avec le vaccin rouget-parvovirose et les traitements curatifs par la suite ne sont pas nécessaires. L’exploitation utilise le matériel proposé par la société et valorise son fumier sur l’exploitation. La commercialisation des produits transformés se fait sur les marchés de proximité, dans une Amap, dans des groupes de consommateurs et à distance par commande téléphonique (Gibelin, 2015).
Plein Air Concept ne veut pas prendre en compte uniquement les résultats techniques ou économiques car pour M. Gibelin c’est le fonctionnement global de l’exploitation qui importe. Une exploitation respectueuse fait vivre les personnes qui y travaillent dans de bonnes conditions, permet d’élever sans agression, contribue à produire des aliments goûteux et sains, à des prix abordables, avec un bilan carbone acceptable et très peu ou pas de produits chimiques. En utilisant le matériel et les méthodes proposés par Plein Air Concept, l’éleveur va produire moins qu’en élevage industriel puisque l’exploitation est à petite échelle, mais son rendement sera finalement meilleur et il va voir émerger d’autres avantages. L’éleveur travaille avec des animaux naturellement en bonne santé (développement optimisé, bonnes défenses immunitaires, traitements et frais sanitaires réduits), calmes (non agressifs entre eux et au comportement prévisible, gage de sécurité pour l’éleveur). L’absence de stress joue aussi favorablement sur la qualité de la production, car outre des réactions de crainte imprévisibles et dangereuses, le stress entraîne la sécrétion d’adrénaline qui bloque ou perturbe les autres sécrétions hormonales. De la
même manière, des animaux peu stressés durant l’élevage sécrèteront moins d’adrénaline lors de l’abattage, moment où le stress est inévitable. Plus besoin non plus de pratiquer des mutilations qui sont une source d’infection et posent un problème d’éthique aux éleveurs.
QUEL FUTUR POUR PLEIN AIR CONCEPT ?
Aujourd’hui, Plein Air Concept commercialise ses techniques et son matériel parmi les éleveurs français mais aussi en Belgique et en Italie. M. Gibelin travaille actuellement avec une ONG en Afrique du Sud pour ouvrir son marché à ce nouveau continent. C’est un pays qui est allé très loin dans l’intensification de ses cultures, il a pu toucher les limites de ce système et maintenant des changements sont en train de s’opérer, que ce soit au niveau des pratiques ou des exploitations elles-mêmes. Il a été décidé que 30 % des terres agricoles devraient être restituées aux populations autochtones qui vont devoir se réapproprier l’agriculture. C’est pourquoi le créateur de Plein Air Concept voudrait proposer ses services pour prendre part au changement car il croit en la possibilité de développer une économie différente. Il voudrait offrir la possibilité aux éleveurs autochtones d’acquérir une autonomie qui leur permettra de se développer comme ils l’entendent. Petit à petit, cette société voudrait s’implanter dans différents pays pour toucher à la fois des pays développés et d’autres en développement.
Les techniques et le matériel promus par Plein Air Concept semblent être diffusables partout, puisque l’un des critères premiers est l’adaptabilité (à chaque éleveur, à chaque animal, à l’environnement). Comme Jean-Marie Gibelin est parvenu à faire la démonstration que son système fonctionne (sur sa propre exploitation et avec plus de 2000 éleveurs engagés dans l’élevage respectueux), les éleveurs désirant s’engager dans un élevage alternatif se tournent vers lui. Il n’est pas insensé de penser que les personnes comme M. Gibelin vont se multiplier pour proposer des réponses aux problèmes des éleveurs et nous pourrions ainsi voir s’opérer une sorte d’effet « boule de neige ». Le développement du bio montre que les consommateurs ont perdu confiance dans le système conventionnel et
qu’ils souhaitent se tourner désormais vers des systèmes de production alternatifs qui s’orientent vers plus de transparence, plus de respect de l’environnement, de l’agriculteur et d’eux-mêmes. Mais la transposition totale de l’élevage actuel en élevage respectueux ne peut se faire que sur du long terme car de nombreux changements doivent s’opérer.
Concernant le consommateur, de plus en plus de gens souhaitent recréer le lien avec leur alimentation et retrouver confiance en elle et dans les producteurs qui les nourrissent. Cependant, si nous voulions voir se terminer l’élevage intensif en France, cela s’accompagnerait d’une réduction de la production de viande. C’est pourquoi les consommateurs devraient modifier leur consommation alimentaire pour tendre vers une consommation de produits carnés plus faible mais de qualité supérieure. Dans une société où la viande est signe de richesse, santé et même virilité, ce genre de changement n’est pas anodin et doit être opéré de manière progressive pour être durable. Sans que le consommateur soit le seul responsable du type de production majoritaire dans un pays, il dispose d’arguments pour pouvoir en modifier certains aspects.
Un des freins les plus importants se situe au niveau des subventions versées. En effet, un système de subventions versées à l’hectare ou selon la taille de l’exploitation n’est pas compatible avec un système favorisant les petits exploitants. Ce système de subventions pourrait être reconsidéré pour laisser une réelle possibilité aux nouveaux agriculteurs de choisir le mode de production vers lequel ils souhaitent se diriger. Cela pourrait également s’accompagner d’une révision des lois d’attribution du foncier pour rendre plus aisé l’accès aux terres et ainsi faciliter l’insertion de nouveaux agriculteurs et la multiplication des exploitations à taille humaine.
Toute la logistique actuelle entre la production et la consommation correspond au système industriel. Pour pouvoir changer ce système il faudrait changer le système alimentaire dans sa globalité, mais deux points semblent cruciaux.
met mal à l’aise. Ce problème pousse les défenseurs du bien-être animal à supporter les avancées biotechnologiques telles que « le steak in vitro » qui permet ainsi de régler le problème de la mort, sans considérer celui du rapport homme animal.
La transformation, ensuite, est un des verrous d’innovation pour l’élevage. En effet, à l’heure actuelle, les transformateurs sont adaptés pour les élevages industriels qui fournissent des animaux calibrés et uniformes. L’élevage respectueux qui prend en compte la diversité naturelle des animaux ne peut pas travailler avec ce type de transformateur. Il faudrait donc pouvoir orienter une partie de la recherche vers de nouvelles techniques de transformation plus adaptables, ce qui permettrait d’annuler beaucoup de freins à l’innovation en matière d’élevage (Porcher, 2015). Car la volonté de M. Gibelin n’est pas obligatoirement de répandre exactement son modèle mais de donner la possibilité aux éleveurs de changer leur façon de travailler et de créer des élevages durables.
En conclusion, cette innovation touche au bien-être animal et humain et permet de s’inscrire dans une durabilité à la fois environnementale, économique et sociale. L’élevage industriel d’aujourd’hui semble amené à disparaître pour être remplacé par des innovations biotechnologiques, notamment avec la culture cellulaire de tissus. C’est pourquoi ce type d’élevage alternatif a tout à jouer dans les années à venir pour devenir le système d’élevage conventionnel de demain, tout en gardant à l’esprit que ce système alternatif promeut une véritable mosaïque d’élevages puisque propre à chaque éleveur.
EN SAVOIR PLUS
GIBELIN J.-M., 2015. L’ é levage respectueux .
PORCHER J., 2004. Bien-être animal et travail en élevage . Dijon : Educagri et Paris : INRA éditions, 263 p.
L’abattage, d’abord, est une des étapes dans l’élevage qu’il va falloir transformer en premier car elle est au cœur des préoccupations, que ce soit pour les éleveurs qui sont frustrés et attristés de voir les conditions d’abattage de leurs animaux ou pour les consommateurs que la mise à mort