Expression et développement de formes de citoyenneté alimentaire : vers des communs alimentaires ?
Un article rédigé par Pauline Scherer, sociologue-intervenante au sein de l’association Vrac & Cocinas, reprend les grands résultats du projet.
Un article rédigé par Pauline Scherer, sociologue-intervenante au sein de l’association Vrac & Cocinas, reprend les grands résultats de ce projet - "Expression et développement de formes de citoyenneté alimentaire : vers des "communs alimentaires" ? "
Points clés de l’article :
- L’engagement des habitants dans des initiatives citoyennes de solidarité alimentaire témoigne du renforcement de la dimension politique de l’alimentation, notamment dans une perspective de “sécurité alimentaire durable”, comme explicité par le rapport Terra Nova. La crise sanitaire a favorisé l’émergence de nombreuses initiatives, certaines d’entre elles viennent rejoindre le mouvement existant de projets de solidarité alimentaires se voulant plus durables. On observe ainsi que l’alimentation constitue aujourd’hui un vecteur de mobilisation et d’engagement pour des raisons multiples (solidarité, lien social, convivialité, échanges de savoirs, santé, écologie, défense du monde paysan...). Cette transversalité du sujet diversifie les profils des “engagés” autour d’une cause commune, et dessine un mouvement de “citoyenneté alimentaire”.
- L’intérêt de ces collectifs pour la qualité de l’alimentation et ses modes de production, la revendication de modes d’engagement “affranchi” des tutelles, la recherche de mode d’organisation plus horizontaux, et une volonté d’articuler lutte pour la redistribution et lutte pour la dignité, ont été observés dans ces initiatives citoyennes. Cela entre en résonance avec la sociologie de l’engagement, liée à la “société des individus” telle que caractérisée par Jacques Ion. Elles peuvent néanmoins rencontrer les mêmes types de limites que les organisations plus formelles pour impliquer les personnes concernées ou en termes de reproduction de rapports sociaux inégalitaires.
- Les initiatives citoyennes liées à la crise sanitaire se sont développées avec “les moyens du bord”, elles mobilisent des ressources territoriales inexploitées, et génèrent des écosystèmes de coopération et des chaînes de solidarité résilientes à l’échelle locale, tout en se heurtant à de nombreuses limites organisationnelles et matérielles.
- En cherchant à concilier politique et économie, principes démocratiques et formes de vie quotidienne, certaines initiatives tentent de s’éloigner du modèle caritatif et renouent avec l’idée de l’associationnisme, selon l’analyse de Jean-Louis Laville. Même si ces initiatives restent soumises aux modes de financement actuels, elles montrent leur capacité à “fabriquer du commun”, donc à échapper à l’alternative unique de la propriété privée et de la propriété publique, en inventant des modes d’action, d’organisation et de gouvernance pour faire de l’alimentation un “commun”.