Des leviers pour plus de durabilité au sein des filières alimentaires

Chapitre n°3

Une filière rassemble l’ensemble des phases d’un processus de production qui permettent de passer de la matière première au produit fini vendu sur le Umarché (dictionnaire Larousse). Dans le domaine alimentaire, les filières incluent donc un panel d’acteurs et d’activités, allant de l’amont agricole à la distribution, en passant par les industries, les coopératives, l’artisanat alimentaire et la restauration hors domicile.

Les crises sanitaires telles que celle de la maladie de la vache folle en 1996, les scandales comme celui de la viande de cheval dans les lasagnes au bœuf en 2013, mais aussi la médiatisation récente des conditions d’élevage et d’abattage ont provoqué une « crise de confiance » des consommateurs. Ces derniers attachent de plus en plus d’importance à la qualité, à l’origine et aux caractéristiques de production spécifiques d’une denrée. Cela a augmenté le devoir de transparence et de traçabilité des chaînes de production alimentaire.

Quelles améliorations ces problématiques liées à la confiance et à la transparence ont-elles amené dans les filières alimentaires ? Ces changements impliquent-ils de mettre en place de nouveaux outils technologiques ou encore de repenser la gouvernance de ces filières, par exemple en intégrant les pouvoirs publics ? Devant la complexité et l’ampleur de ces enjeux, il y a fort à parier que

les solutions pour rendre les filières plus durables doivent être envisagées de façon complémentaire.

Les initiatives des acteurs privés sont des moteurs essentiels dans le développement et la structuration de filières alimentaires plus courtes et plus locales. Seulement, elles ne suffisent pas toujours à développer durablement de nouvelles filières. La demande des consommateurs, le coût, les infrastructures ou encore le foncier peuvent être des obstacles à même d’entraver ce développement. Par exemple, la filière de chanvre alimentaire français manque d’unités de transformation locales et qui acceptent les petites récoltes ; il est donc difficile de valoriser ce produit innovant.

La mobilisation de la société civile est un autre exemple de levier pour répondre aux enjeux de durabilité. L’implication des consommateurs dans le domaine agroalimentaire s’est accrue, d’abord avec le besoin de disposer d’une information complète sur les filières, ainsi que sur la qualité nutritionnelle et sanitaire des denrées. Cette demande s’est ensuite étendue aux conditions de production et de fabrication des produits, qui reflètent l’impact environnemental, les risques industriels ou encore les conditions de travail des salariés. Nous allons voir le cas d’un outil technologique, la blockchain , qui permet de mettre à disposition l’information, et la manière dont il contribue à la transparence des filières alimentaires.

De plus, pour garantir la transparence et la durabilité, des certifications se développent, comme les normes de commerce équitable ou d’agriculture biologique. Elles garantissent la justesse de l’information et sont en ce sens des outils de transparence. Elles présentent en revanche des modes de gouvernance variés. Dans certains cas, le contrôle du cahier des charges de la certification est réalisé par un organisme certificateur externe, comme pour les labels de commerce équitable, dans d’autres cas l’audit est réalisé par des pairs impliqués dans la prise de décision. Ces différences peuvent induire des résultats divergents sur le renforcement de la durabilité des systèmes alimentaires. Nous verrons dans ce chapitre l’exemple du système participatif de garantie et son illustration au Burkina Faso.

Enfin, les acteurs publics peuvent réguler les filières alimentaires par le biais d’outils juridiques (réglementations) ou encore d’un soutien financier (subventions). Certaines filières certifiées, comme les systèmes participatifs de garantie,

ont des difficultés à se développer, en partie par manque de soutien des pouvoirs publics. La dernière synthèse présentée dans cette partie envisagera l’implication des pouvoirs publics pour renforcer la durabilité des filières et les rendre davantage visibles, à travers l’exemple du commerce équitable.

Dans les quatre synthèses de ce chapitre, des solutions au développement de filières plus transparentes et plus durables sont analysées :

  • →Le développement de la filière du chanvre alimentaire en France avec l’exemple de la marque Nunti-Sunya.
  • →Comment la nouvelle technologie blockchain peut-elle être un levier innovant permettant de rendre plus transparente l’information au sein des filières alimentaires ?
  • →Le système participatif de garantie : une solution pertinente au Burkina Faso ?
  • →Vers une gouvernance publique du commerce équitable pour rendre visible et développer le secteur.

Vers une gouvernance publique du commerce équitable  ?

Vidéo de présentation
vimeo.com/432416854
MOTS-CLÉS : COMMERCE ÉQUITABLE, RÉGULATION PRIVÉE, GOUVERNANCE PUBLIQUE, LABELS, SOUTIEN LÉGISLATIF
Àl’origine, le commerce équitable (CE) est porté par la société civile. Lors de son apparition, le rôle des pouvoirs publics est inexistant. Le CE doit fait À face à une concurrence déloyale et à du « fairwashing[1] ». La multiplicité des labels de CE crée de la confusion chez le consommateur. La gouvernance privée du commerce équitable se heurte (…)


Le système participatif de garantie, une solution pertinente au Burkina Faso  ?

Au Burkina Faso, depuis 2013, un nombre croissant de producteurs en agriculture biologique s’intéressent au système participatif de garantie A(SPG) promu par le Conseil national de l’agriculture biologique (CNABio). Il s’agit d’un système de certification biologique alternatif, adapté au contexte local et peu coûteux. Dans cette synthèse, nous présentons le processus qui a permis au SPG d’émerger au Burkina Faso, son fonctionnement, ses principaux enjeux ainsi que quelques suggestions (…)


La technologie blockchain au service de la traçabilité et de la transparence alimentaires

MOTS-CLÉS : BLOCKCHAIN , TRAÇABILITÉ, TRANSPARENCE, CHAÎNES DE VALEUR, CONFIANCE
application de la technologie blockchain aux filières alimentaires résulte de la nécessité de réduire deux problèmes majeurs auxquels sont confrontées L’les chaînes d’approvisionnement alimentaire[1] : l’opacité et la gravité des fraudes. Ces problèmes ont par exemple été illustrés par la célèbre affaire du Fipronil ayant touché l’Europe : des œufs contaminés dont la source a été trouvée trois mois après le (…)


La filière du chanvre alimentaire en France  : le cas de Nunti-Sunya

Vidéo de présentation
MOTS-CLÉS : CHANVRE, FILIÈRE, DÉBOUCHÉ, GRAINE, PRODUCTEUR Le cannabis est l’une des plus anciennes plantes domestiquées par les humains, dont les plus anciennes traces proviennent de Chine. Cette plante est aujourd’hui Lpopulaire pour son usage récréatif lié au tétra-hydro-cannabinol (THC) qui engendre des effets psychotropes. Cette molécule est un cannabinoïde. Il existe plusieurs dizaines d’autres cannabinoïdes dans la fleur qui, eux, n’ont aucun effet psychoactif, (…)