Vers une « nutritionnalisation »
Au vu de la forte influence de l’alimentation sur leur santé, et rejoignant le précepte d’Hippocrate selon lequel « de tes aliments tu feras une médecine », les mangeurs contemporains sont de plus en plus attentifs à la composition de leur alimentation. Par contraste, ils sont de plus en plus éloignés de cette dernière : une distanciation s’observe à de nombreux niveaux, cognitif notamment – on ne comprend plus trop ce que l’on mange –, participant d’une défiance généralisée du mangeur (…)
Au vu de la forte influence de l’alimentation sur leur santé, et rejoignant le précepte d’Hippocrate selon lequel « de tes aliments tu feras une médecine », les mangeurs contemporains sont de plus en plus attentifs à la composition de leur alimentation. Par contraste, ils sont de plus en plus éloignés de cette dernière : une distanciation s’observe à de nombreux niveaux, cognitif notamment – on ne comprend plus trop ce que l’on mange –, participant d’une défiance généralisée du mangeur vis-à-vis de son alimentation.
Les décisions alimentaires sont de plus en plus façonnées par des discours nutritionnels. Dans une vision binaire – bon ou mauvais, sain ou malsain –, les aliments sont réduits à leur dimension fonctionnelle, souvent au détriment des dimensions hédonique, socioculturelles et symboliques. Afin de préserver leur capital santé, les individus peuvent tenter de maîtriser leur alimentation en favorisant des « alicaments ». Dans ce contexte de « nutritionnalisation », l’alimentation est considérée davantage comme une somme de nutriments que comme une somme d’aliments et de pratiques associées.
Toutefois, la diffusion de messages parfois contradictoires et/ou évolutifs dans le temps plonge le mangeur dans une « cacophonie nutritionnelle ». Et ces discours prescriptifs sont parfois mal compris, jugés trop moralisateurs et/ou peuvent susciter des réactions négatives telles que la culpabilité. En réponse à cette « médicalisation », des comportements de rejet apparaissent. Cette contestation peut s’exprimer jusque dans l’adaptation de plats traditionnels. En Côte d’Ivoire par exemple, la recette de l’« Attiéké – poisson frit », pourtant jugée saine par les nutritionnistes, a évolué en « Attiéké – Garba », une innovation alimentaire citadine non saine, mais « bonne à penser ».