Le consomm’acteur, moteur du changement ?
À partir d’une revue de la littérature sur les comportements alimentaires des personnes modestes – définies ici comme les 40 % les plus pauvres en niveau de vie –, ce Décryptage présente des éléments clés sur les pratiques et la relation qu’entretient cette catégorie de population avec l’alimentation durable. L’objectif est de mieux qualifier leurs comportements alimentaires et les aspirations, notamment vis-à-vis du reste de la population, afin de caractériser la participation de ce groupe social à la transition vers une alimentation durable. Il s’agit enfin d’identifier les conditions d’une véritable co-construction des paradigmes alimentaires durables, dans une perspective de justice alimentaire.
L’actualité du marché des produits de grande consommation est marquée par l’apparition d’applications mobiles permettant aux consommateurs d’évaluer les produits alimentaires en scannant leurs codes-barres. Cet article analyse les critères de qualification et de notation des produits mobilisés par ces applications et les projets controversés de gouvernement des conduites qui les sous-tendent. Il montre que les applications évaluent les produits à partir de conceptions plurielles du « bien manger », qu’elles s’articulent autour de quelques dimensions prépondérantes (la qualité nutritionnelle, les additifs et le niveau de transformation des produits) et qu’elles participent tout à la fois à prolonger et à détourner l’action des pouvoirs publics en matière de gouvernement des conduites alimentaires et d’information du consommateur.
Des incertitudes d’ordre sanitaire, diététique et gustatif et des motivations éthiques conduisent certains consommateurs vers les produits biologiques. Mais la majorité d’entre eux restent partiels et irréguliers dans leur choix bio. Le cas de ces mangeurs bio "intermittents" offre un accès à la complexité et à la variabilité des pratiques alimentaires. L’auteur étudie leurs trajectoires et leurs choix et propose une analyse pragmatique et microsociologique des comportements alimentaires dans leurs processus de basculement et de stabilisation, défendant ainsi la thèse d’une réflexivité routinière. L’étude du rôle des systèmes de vente alternatifs dans les choix de ces mangeurs montre comment se construit la confiance et souligne les dimensions politiques de la consommation alimentaire.
The rise in obesity in many countries has led to the emergence of nutritional information policies that aim to change people’s diets. Changing an individual’s diet is an ambitious goal, since numerous factors influence a person’s food-choice decisions, many of which are made unconsciously. These frequently subconscious processes should not be underestimated in food-choice behavior, as they play a major role in food diet composition. In this review, research in cognitive experimental psychology and neuroscience provides the basis for a critical analysis of the role of pleasure in eating behaviors. An assessment of the main characteristics of nutritional policies is provided, followed by recent findings showing that food choices are guided primarily by automatic emotional processes. Neuroimaging and behavioral studies, which provide new insights into the relationships between emotions and food both in lean persons and in persons with eating disorders, are reported as well. Lastly, the argument is presented that future nutritional policies can be more effective if they associate healthy food with eating pleasure.
Sophie Dubuisson-Quellier retrace l’histoire de la consommation engagée, qui s’impose aujourd’hui comme un mouvement puissant, capable d’influencer les gouvernements, les législateurs et les acteurs économiques. Lire la suite
Achats bio, boycott, refus de la publicité, éco-villages, véganisme… Multiforme, la consommation engagée fait du marché un lieu de contestation politique contre les excès du capitalisme et de la société d’accumulation.
Dès le XVIIIe siècle apparaît l’idée que les citoyens peuvent, en unissant leurs efforts individuels, infléchir les tendances délétères de la société. Depuis, ce mouvement n’a cessé de grandir et d’étendre ses prérogatives. Aux causes de justice sociale se sont désormais ajoutées les luttes contre la dégradation de l’environnement, pour les circuits courts, contre la souffrance animale, pour l’éthique dans les échanges, etc.
Critique à la fois contre et dans le marché, avec lequel elle entretient une relation ambiguë, la consommation engagée s’impose aujourd’hui comme un mouvement puissant, capable d’influencer les gouvernements, les législateurs et les acteurs économiques.
This paper investigates the effect of food environments, characterized as food swamps, on adult obesity rates. Food swamps have been described as areas with a high-density of establishments selling high-calorie fast food and junk food, relative to healthier food options. This study examines multiple ways of categorizing food environments as food swamps and food deserts, including alternate versions of the Retail Food Environment Index. We merged food outlet, sociodemographic and obesity data from the United States Department of Agriculture (USDA) Food Environment Atlas, the American Community Survey, and a commercial street reference dataset. We employed an instrumental variables (IV) strategy to correct for the endogeneity of food environments (i.e., that individuals self-select into neighborhoods and may consider food availability in their decision). Our results suggest that the presence of a food swamp is a stronger predictor of obesity rates than the absence of full-service grocery stores. We found, even after controlling for food desert effects, food swamps have a positive, statistically significant effect on adult obesity rates. All three food swamp measures indicated the same positive association, but reflected different magnitudes of the food swamp effect on rates of adult obesity (p values ranged from 0.00 to 0.16). Our adjustment for reverse causality, using an IV approach, revealed a stronger effect of food swamps than would have been obtained by naïve ordinary least squares (OLS) estimates. The food swamp effect was stronger in counties with greater income inequality (p < 0.05) and where residents are less mobile (p < 0.01). Based on these findings, local government policies such as zoning laws simultaneously restricting access to unhealthy food outlets and incentivizing healthy food retailers to locate in underserved neighborhoods warrant consideration as strategies to increase health equity.
Où les individus, convaincus de faire leur part grâce au pouvoir dont ils disposent à travers leurs actes d’achat, comprennent les limites de leur responsabilité dans la transition vers des systèmes alimentaires durables. Ils découvrent que leurs comportements de consommation sont malgré tout contraints par un environnement matériel, social et politique et ne peuvent constituer les seuls moteurs du changement.